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	<title>Fatine Bennani</title>
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	<description>Analyses banque, fintech et services financiers</description>
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		<title>La parole du dirigeant, dernier avantage que l’IA ne peut automatiser</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fatine Bennani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Nov 2026 09:27:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Gouvernance & éthique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’intelligence artificielle générative a rendu la production de contenu presque gratuite. Un communiqué, une tribune ou une publication LinkedIn s’obtiennent en quelques secondes, correctement structurés, sans faute et sans aspérité. Cette abondance a une conséquence que peu d’entreprises ont encore mesurée : lorsque chacune peut produire le même discours impeccable, ce discours cesse de distinguer [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">L’intelligence artificielle générative a rendu la production de contenu presque gratuite. Un communiqué, une tribune ou une publication LinkedIn s’obtiennent en quelques secondes, correctement structurés, sans faute et sans aspérité. Cette abondance a une conséquence que peu d’entreprises ont encore mesurée : lorsque chacune peut produire le même discours impeccable, ce discours cesse de distinguer qui que ce soit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La valeur se déplace alors vers ce que la machine ne fournit pas : une parole incarnée, porteuse d’une analyse propre, dont un dirigeant accepte de répondre. Ce déplacement transforme la communication d’entreprise, l’exercice du leadership et jusqu’aux trajectoires qui mènent à la direction générale. Il concerne au premier chef la banque, secteur où la parole des dirigeants est à la fois la plus attendue et la plus encadrée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">1. Une parole d’entreprise neutralisée au moment où elle devient décisive</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un environnement saturé de messages instantanés et de publications formatées, la prise de parole des dirigeants s’est progressivement neutralisée. Les raisons en sont connues : la crainte du bad buzz, le principe de précaution, la multiplication d’injonctions sociétales contradictoires, la relecture juridique systématique. Chacune, isolément, se justifie. Additionnées, elles produisent ce que Charlotte Bourgeois-Cleary, associée de Vae Solis Communications, décrit dans Les Echos comme un discours « lisse, sans aspérité, sans chair ». Un tel discours perd en sens, en clarté et en puissance, et finit par ne plus mobiliser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce lissage se présente comme une protection, mais il expose l’entreprise à deux risques. Le premier est le silence : face à l’incertitude, l’absence de parole du dirigeant est interprétée comme un manque de cap, voire comme un aveu de faiblesse. Le second est la langue de bois : collaborateurs, clients et investisseurs savent reconnaître un discours qui contourne les difficultés, et ils en tirent leurs propres conclusions, rarement favorables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’IA générative aggrave ces deux risques. Elle rend le discours convenu plus facile à produire, donc plus répandu. Lorsque toutes les entreprises d’un secteur publient des communiqués équivalents, seule l’analyse singulière d’un dirigeant permet encore de les distinguer. Conçu pour réduire le risque, le lissage devient ainsi un risque stratégique à part entière.</p>



<h3 class="wp-block-heading">2. Du logo à la personne : l’attention a changé de destinataire</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Sur LinkedIn, le constat est à la portée de chacun : les publications d’une page Entreprise suscitent nettement moins d’interactions que celles qu’un dirigeant signe de son nom. Le public attend une voix identifiable, ancrée dans le quotidien de l’organisation, plutôt qu’un message publicitaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’agence Angie établit chaque année un classement des cinquante directeurs marketing les plus influents sur les réseaux sociaux. Sa troisième édition tire les conséquences de ce constat : elle a renoncé au nombre d’abonnés pour ne mesurer que l’activité, c’est-à-dire la fréquence et la régularité des prises de parole, et l’engagement effectivement suscité. Son enseignement principal tient dans l’analyse de François Guillot, associé de l’agence. Les CMO s’approprient la parole « à la première personne, dans un style non institutionnel », et plus la voix est identifiable, plus l’audience réagit. Les publications efficaces relèvent moins de l’annonce que des contenus « coulisses » : retours d’événements, témoignages, récits de terrain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le podium en apporte la démonstration la plus convaincante. Les CMO de Renault et de Fnac Darty occupent la première et la troisième place. Ces deux marques patrimoniales disposent d’une notoriété qui suffirait à garantir de la visibilité à leurs publications. L’agence attribue pourtant le rang de leurs dirigeants à un « supplément d’âme personnelle ». Si les marques les plus familières des Français ont besoin d’une voix incarnée pour susciter l’engagement, aucune ne peut s’en dispenser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce déplacement a toutefois un coût que les entreprises sous-estiment. L’audience ainsi constituée appartient à la personne davantage qu’à l’organisation, et elle la suit lorsqu’elle quitte ses fonctions. La parole incarnée doit donc s’inscrire dans une ligne éditoriale partagée avec l’entreprise. À défaut, elle sert la notoriété du dirigeant plus que celle de l’entreprise.</p>



<h3 class="wp-block-heading">3. Ce qui fait la force d’une parole : un récit d’authenticité</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Une voix identifiable ne suffit pas, encore faut-il qu’elle entraîne. Face à des transformations complexes, les tableaux de bord et les présentations chiffrées emportent rarement l’adhésion. Ils mesurent une trajectoire, sans dire pourquoi elle a été choisie ni ce qu’elle change pour chacun. Le récit comble cet écart.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les neurosciences éclairent ce mécanisme. Manfred Kets de Vries, professeur de leadership à l’INSEAD, rappelle que l’écoute d’une histoire s’accompagne d’un « couplage neuronal » : l’activité cérébrale de l’auditeur se synchronise avec celle du narrateur. Les travaux d’Uri Hasson à Princeton, à l’origine de cette notion, montrent que plus ce couplage est fort, meilleure est la compréhension. Le récit aligne donc d’abord les représentations, en faisant partager une même lecture de la situation. Kets de Vries y associe la libération d’ocytocine, qui rattacherait émotionnellement le propos au vécu de l’auditeur. Ce second mécanisme reste discuté par la recherche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le récit n’entraîne toutefois que s’il est authentique. Un parcours idéalisé ou une réussite sans faille ne suscitent aucune identification. En revanche, lorsque le dirigeant expose ses doutes, ses erreurs d’appréciation et les arbitrages qu’il a dû rendre, ses équipes y retrouvent des fragments de leur propre quotidien. La posture de défense cède alors la place à une responsabilité partagée. C’est ainsi qu’un collectif passe, selon la formule de Kets de Vries, « de l’apathie à l’empathie, puis vers l’action ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">La transformation de Microsoft en offre l’illustration la plus documentée, parce que son dirigeant en a lui-même fait le récit. Lorsque Satya Nadella en prend la direction en 2014, l’entreprise a manqué le virage du mobile. Il fait de la culture son premier chantier et l’incarne par une histoire personnelle : la naissance de son fils Zain, lourdement handicapé. Il reconnaît que sa première réaction fut de se demander comment cela avait pu leur arriver, avant de comprendre que la situation concernait d’abord l’enfant. Il en tire une conviction qu’il transpose à l’entreprise : l’empathie s’apprend, et une culture de « know-it-all » doit céder la place à une culture de « learn-it-all ». En admettant publiquement une faiblesse personnelle, il autorisait ses équipes à reconnaître les leurs. Ce récit a accompagné des arbitrages difficiles, comme la priorité donnée au cloud et l’abandon des smartphones. Il n’a pas remplacé l’exécution, mais il a donné à plus de cent mille collaborateurs une même lecture de la situation.</p>



<h3 class="wp-block-heading">4. L’IA absorbe le management, pas la responsabilité</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Si la parole incarnée prend une telle importance, c’est aussi parce que l’IA redessine le contenu même du travail de direction. En mai 2025, à Miami, Sergey Brin confiait utiliser une IA pour attribuer les tâches à ses équipes, suivre la performance de chacun et identifier les profils à promouvoir. « Le management est la chose la plus facile à faire avec l’IA », résumait le cofondateur de Google.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une étude de Julien Jourdan, Emmanuel Coblence et Catherine Tanneau, chercheurs à HEC, donne un fondement à cette provocation. Selon leurs estimations, les tâches de management structurées et codifiables présentent un fort risque d’automatisation : suivi des performances, planification, analyses financières, conformité, reporting. Deux exceptions retiennent l’attention, le développement des équipes et la relation client. Toutes deux supposent de comprendre des personnes bien plus que d’appliquer des règles. Elles relèvent de ce que les auteurs appellent le leadership, fondé sur une intelligence créative et sociale : juger ce qui compte dans un contexte ambigu, percevoir les non-dits, entraîner un collectif par l’exemple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les directeurs marketing sont les premiers bénéficiaires de l’automatisation des contenus. Ils sont aussi parmi les premiers à en souligner les limites. Selon l’étude Angie, 5,9 % de leurs publications portent sur l’IA et le risque de déshumanisation, et la proportion atteint 8,1 % si l’on y ajoute les inquiétudes relatives aux biais et aux risques d’image. Cette vigilance a un poids particulier, puisqu’elle émane de ceux qui ont le plus à gagner à l’automatisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le droit européen a tracé la même ligne de partage. Les systèmes d’IA utilisés pour attribuer des tâches, évaluer la performance ou décider d’une promotion, ceux-là mêmes que décrivait Sergey Brin, sont classés à haut risque par le règlement européen sur l’intelligence artificielle et soumis à une obligation de contrôle humain. L’IA peut outiller la décision, mais elle ne peut en répondre. Ce qui reste au dirigeant tient en trois verbes : juger, incarner, assumer.</p>



<h3 class="wp-block-heading">5. Une conséquence sur les carrières : le marketing aux portes de la direction générale</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce déplacement se lit déjà dans les trajectoires. Le vivier traditionnel de la direction générale, composé de directeurs financiers et de patrons d’opérations, s’élargit aux professionnels du marketing. Le cabinet Spencer Stuart a analysé 218 départs de CMO du S&amp;P 500 entre 2021 et 2025. Parmi eux, 9 % sont devenus directement CEO et 13 % ont pris la tête d’une division ou sont devenus COO. Au total, 62 % ont été promus ou ont rejoint un poste équivalent ou supérieur. Plus d’un CMO sur cinq accède ainsi à une fonction de direction générale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le phénomène est le plus marqué dans les biens de consommation, où le marketing pilote la marque, le prix et la relation client, c’est-à-dire une part déterminante du compte de résultat. Les parcours les plus cités révèlent une constante. Brian Niccol a dirigé Taco Bell, dont il avait été CMO, avant de prendre la tête de Chipotle puis de Starbucks. Christian Bako avait dirigé plusieurs filiales allemandes de Saint-Gobain avant d’en devenir vice-président Marketing &amp; Développement, puis CEO Allemagne et Autriche. Florence Audoyer-Missakian, ancienne responsable mondiale du marketing et de la communication de KitKat, a exercé des fonctions de direction générale multipays chez Nestlé avant de prendre la tête de PepsiCo France. Le marketing ouvre la voie du sommet lorsqu’il s’adosse à la conduite d’un P&amp;L. La maîtrise de la parole et de la donnée client complète alors la rigueur des chiffres, sans s’y substituer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La fonction elle-même se recompose. Près d’un tiers des sociétés du S&amp;P 500 n’ont pas de CMO au niveau du groupe. Le rôle y est réparti entre Chief Revenue, Growth ou Customer Officers, décentralisé dans les divisions, voire supprimé, comme chez Starbucks ou UPS.</p>



<h3 class="wp-block-heading">6. La banque, entre devoir de réserve et besoin de voix</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La banque reste en retrait de cette évolution. Ses directions générales sont encore majoritairement issues de la finance, des risques ou de l’inspection, et pour des raisons solides : dans un métier gouverné par les exigences prudentielles, la maîtrise du bilan conditionne la solidité de l’établissement. La parole y est en outre encadrée comme dans peu d’autres secteurs. Les obligations d’information, les règles relatives à l’information privilégiée et l’attention des superviseurs déterminent ce qu’un dirigeant peut dire et à quel moment. Les dirigeants effectifs répondent eux-mêmes devant le superviseur du dispositif de contrôle interne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces contraintes expliquent la prudence de la parole bancaire, sans imposer de la vider de toute substance. La frontière passe entre la réserve exigée par le droit et le lissage adopté par confort. Deux exemples montrent qu’il est possible de s’en tenir à la première sans céder au second.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque année, Jamie Dimon, à la tête de JPMorgan Chase, expose dans sa lettre aux actionnaires les risques qu’il perçoit, ses désaccords avec les régulateurs et les erreurs de sa propre banque. Ce texte est attendu par les investisseurs précisément parce qu’il tranche avec le discours convenu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Singapour, Piyush Gupta a pris en 2009 la direction de DBS, alors surnommée localement « Damn Bloody Slow ». Il a demandé à ses cadres de cesser de se comparer aux autres banques pour se mesurer aux géants de la technologie, et il a donné à la transformation un mot d’ordre simple : « Making banking joyful ». DBS a été désignée meilleure banque du monde par Euromoney en 2019 et en 2021.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier exemple relève de la franchise, le second du récit. Tous deux démontrent que la voix reste possible là même où la parole est la plus contrainte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La pression concurrentielle rend cette évolution difficile à différer. La relation client bancaire se joue de plus en plus sur des applications, face à des néobanques et des fintechs dont la croissance repose sur l’acquisition, l’expérience utilisateur et l’exploitation de la donnée, et dont les fondateurs s’expriment volontiers en leur nom propre. Si la création de valeur se déplace vers la relation client, le profil des dirigeants bancaires devra suivre le même chemin.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Conclusion</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Traitée comme un exercice de communication, la parole du dirigeant devient une compétence de gouvernance. Elle se prépare, par une analyse propre et une ligne éditoriale partagée avec l’entreprise. Elle s’encadre, par le droit dans les secteurs régulés et par la cohérence avec les décisions prises. Elle s’assume enfin, et c’est précisément ce qu’aucun algorithme ne peut faire à la place d’un dirigeant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chercheurs d’HEC en tirent une conséquence pour les entreprises : les programmes de succession et de développement des talents doivent se recentrer sur ces compétences difficilement automatisables. Pour les banques, l’enjeu est double. Il leur faut des dirigeants capables de maîtriser le bilan et les risques, et capables de porter une parole qui donne sens à leur transformation. Sauront-elles faire de cette seconde compétence un critère de sélection de leurs dirigeants ?</p>
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		<title>DORA : la résilience numérique devient une obligation réglementaire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fatine Bennani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Oct 2026 15:36:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Réglementation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Gouvernance, incidents, tests, prestataires : DORA fait de la résilience numérique une obligation pour tout le secteur financier, et place pour la première fois les géants du cloud sous supervision.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le règlement européen sur la résilience opérationnelle numérique du secteur financier, connu sous son acronyme anglais DORA (<em>Digital Operational Resilience Act</em>), s&rsquo;applique depuis le 17 janvier 2025. Il ne porte ni sur la solvabilité, ni sur la liquidité, ni sur la protection du consommateur. Il part d&rsquo;un constat simple : une banque, un assureur ou un établissement de paiement repose sur ses systèmes d&rsquo;information autant que sur ses fonds propres, et une défaillance technique peut désormais menacer la continuité d&rsquo;un établissement, voire la stabilité du système financier. DORA traduit ce constat en obligations précises, communes à l&rsquo;ensemble du secteur financier européen.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un risque longtemps traité en ordre dispersé</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le risque informatique n&rsquo;était pas ignoré des superviseurs. Il était encadré par des orientations de l&rsquo;Autorité bancaire européenne, des exigences nationales et des pratiques de place, avec des niveaux d&rsquo;exigence variables selon les pays et les secteurs. Les banques étaient les plus encadrées, les assureurs, les sociétés de gestion ou les prestataires sur crypto-actifs l&rsquo;étaient beaucoup moins. Surtout, les prestataires technologiques dont dépend le secteur, au premier rang desquels les fournisseurs d&rsquo;informatique en nuage, échappaient à toute supervision financière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La panne mondiale provoquée par une mise à jour défectueuse du logiciel de sécurité CrowdStrike, le 19 juillet 2024, a donné une illustration saisissante de ce risque. Sans aucune cyberattaque, une erreur chez un seul prestataire a paralysé des millions d&rsquo;ordinateurs dans le monde, perturbant des banques, des places boursières, des compagnies aériennes et des hôpitaux. Le risque numérique ne se limite pas à la menace criminelle. Il tient aussi à la concentration des dépendances.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un règlement, un champ très large</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">DORA, le règlement (UE) 2022/2554, est directement applicable dans tous les États membres. Il couvre une vingtaine de catégories d&rsquo;entités financières : banques, établissements de paiement et de monnaie électronique, entreprises d&rsquo;investissement, assureurs et réassureurs, sociétés de gestion, prestataires sur crypto-actifs agréés au titre de MiCA, infrastructures de marché, agences de notation. Le texte applique un principe de proportionnalité : les exigences sont allégées pour les microentreprises et les plus petits acteurs, ce qui concerne de nombreuses fintechs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s&rsquo;organise autour de cinq piliers.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>La gestion du risque informatique.</strong> L&rsquo;organe de direction est explicitement responsable du cadre de gestion du risque lié aux technologies de l&rsquo;information et de la communication. Il doit le définir, l&rsquo;approuver et en contrôler la mise en œuvre. La résilience numérique devient une question de gouvernance, et non plus seulement de direction informatique.</li>



<li><strong>La notification des incidents.</strong> Les incidents majeurs doivent être classés selon des critères harmonisés et déclarés au superviseur selon un calendrier strict : une notification initiale dans les heures qui suivent leur classification, un rapport intermédiaire, puis un rapport final.</li>



<li><strong>Les tests de résilience.</strong> Tous les établissements doivent tester régulièrement leurs systèmes. Les plus importants doivent conduire, au moins tous les trois ans, des tests de pénétration fondés sur la menace, qui simulent des attaques réelles sur leurs systèmes en production.</li>



<li><strong>La maîtrise du risque lié aux prestataires.</strong> Chaque entité tient un registre d&rsquo;information recensant l&rsquo;ensemble de ses contrats avec des prestataires technologiques. Les contrats doivent comporter des clauses minimales sur l&rsquo;accès, l&rsquo;audit, la sécurité et la réversibilité, et les fonctions critiques doivent être couvertes par une stratégie de sortie.</li>



<li><strong>Le partage d&rsquo;informations</strong> sur les menaces entre établissements, encouragé dans un cadre sécurisé.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;innovation majeure : superviser les géants de la technologie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le volet le plus novateur de DORA concerne les prestataires eux-mêmes. Pour la première fois, des entreprises qui ne sont pas des acteurs financiers entrent dans le périmètre de la supervision financière européenne. Le 18 novembre 2025, les trois autorités européennes de surveillance (l&rsquo;ABE, l&rsquo;AEAPP et l&rsquo;AEMF) ont désigné dix-neuf prestataires de services informatiques critiques, parmi lesquels AWS, Google Cloud, Microsoft, Oracle, SAP et Deutsche Telekom.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chacun relève désormais d&rsquo;un superviseur principal, chargé d&rsquo;évaluer la solidité de sa gestion des risques et de sa gouvernance. Ce superviseur peut conduire des inspections, émettre des recommandations et infliger des astreintes en cas de manquement. L&rsquo;enjeu dépasse la conformité : il s&rsquo;agit de mesurer la dépendance du système financier européen à une poignée d&rsquo;acteurs, pour la plupart américains, et de s&rsquo;assurer qu&rsquo;une défaillance de l&rsquo;un d&rsquo;eux ne se propage pas à l&rsquo;ensemble du secteur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une première année riche d&rsquo;enseignements</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les premiers bilans éclairent la réalité du risque. Selon le rapport publié par les autorités européennes de surveillance le 3 juin 2026, 3 383 incidents majeurs liés aux technologies de l&rsquo;information ont été déclarés en un an. Seuls 10 % relevaient de la cybersécurité : la grande majorité tenait à des défaillances de systèmes ou à des événements externes. Environ un tiers des incidents ont eu des effets transfrontaliers, signe de l&rsquo;interconnexion croissante des infrastructures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, l&rsquo;ACPR a dressé en janvier 2026 un bilan contrasté de la mise en œuvre. La remise des registres d&rsquo;information s&rsquo;est heurtée à un calendrier très resserré et à des difficultés techniques. L&rsquo;ACPR a aussi relevé des erreurs fréquentes dans la classification des incidents majeurs. Le superviseur a annoncé que l&rsquo;accompagnement de la première année laisserait place, en 2026, à une supervision renforcée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce que DORA change pour les fintechs</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les fintechs, DORA présente un double visage. Il impose un coût de conformité réel à des structures souvent légères : documentation, tests, registre des prestataires, procédures de notification. Les jeunes pousses qui ont bâti leur modèle sur l&rsquo;informatique en nuage et sur des briques technologiques externes doivent cartographier des dépendances parfois nombreuses et en organiser la réversibilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">DORA leur offre aussi un argument. Les fintechs qui fournissent des services technologiques aux banques sont soumises aux exigences contractuelles que leurs clients doivent désormais imposer. Celles qui démontrent un niveau de résilience conforme à DORA disposent d&rsquo;un avantage décisif dans les appels d&rsquo;offres bancaires. La conformité devient un critère de sélection commerciale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une réglementation qui consacre la transformation</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">DORA clôt de manière cohérente une décennie de réglementation européenne. La DSP2 avait ouvert les données bancaires à de nouveaux acteurs, le virement instantané a accéléré les flux, MiCA a encadré les crypto-actifs et le paquet LCB-FT harmonise la lutte contre le blanchiment. DORA tire la conséquence de cette transformation : un secteur financier entièrement numérisé doit garantir la continuité de ses services avec la même rigueur que sa solvabilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le règlement consacre ainsi une évolution de fond. La technologie n&rsquo;est plus une fonction de soutien des établissements financiers. Elle constitue leur infrastructure même, et sa résilience relève désormais de la responsabilité des dirigeants, sous le contrôle des superviseurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Sources : règlement (UE) 2022/2554 (DORA) ; autorités européennes de surveillance, désignation des prestataires critiques (18 novembre 2025) et rapport sur les incidents majeurs (3 juin 2026) ; ACPR, bilan DORA (janvier 2026).</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>AMLA et paquet LCB-FT : l&#8217;Europe se dote d&#8217;un gendarme anti-blanchiment</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fatine Bennani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Oct 2026 11:17:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Réglementation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une autorité européenne à Francfort, des règles identiques dans toute l'Union : le paquet LCB-FT change d'échelle la lutte contre le blanchiment, avec les fintechs et la crypto en première ligne.</p>
<p>L’article <a rel="nofollow" href="https://www.fatinebennani.com/amla-paquet-lcb-ft/">AMLA et paquet LCB-FT : l&rsquo;Europe se dote d&rsquo;un gendarme anti-blanchiment</a> est apparu en premier sur <a rel="nofollow" href="https://www.fatinebennani.com">Fatine Bennani</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT) reposait jusqu&rsquo;ici sur des directives européennes que chaque État membre transposait à sa manière dans son droit national, et dont l&rsquo;application relevait de superviseurs nationaux aux moyens et aux exigences très inégaux.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT) reposait jusqu&rsquo;ici sur des directives transposées vingt-sept fois, appliquées par une quarantaine de superviseurs nationaux aux moyens et aux exigences très inégaux. Le paquet adopté par l&rsquo;Union européenne en 2024 change d&rsquo;échelle. Il crée une autorité européenne dédiée, l&rsquo;AMLA, et fixe pour la première fois un corpus de règles directement applicable dans tous les États membres. Pour les banques, et plus encore pour les fintechs, les établissements de paiement et les prestataires sur crypto-actifs, c&rsquo;est l&rsquo;une des réformes les plus structurantes de la décennie.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les failles d&rsquo;un système morcelé</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le paquet est né d&rsquo;une série de scandales qui ont révélé les limites de la supervision nationale. La succursale estonienne de Danske Bank a vu transiter environ 200 milliards d&rsquo;euros de flux suspects entre 2007 et 2015. En 2018, la banque lettone ABLV a été mise en liquidation après une alerte du Trésor américain, et la banque maltaise Pilatus a perdu son agrément. Chaque fois, le constat était le même : des établissements actifs dans plusieurs pays, contrôlés par un superviseur national qui n&rsquo;avait ni la vision d&rsquo;ensemble ni, parfois, la volonté d&rsquo;agir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les cinq directives anti-blanchiment successives n&rsquo;avaient pas suffi. Une directive laisse aux États une marge de transposition. Il en résultait des écarts sensibles d&rsquo;un pays à l&rsquo;autre sur l&rsquo;identification des clients, le seuil des bénéficiaires effectifs ou le contrôle des opérations en espèces. Ces écarts créaient des points d&rsquo;entrée que les réseaux criminels savaient exploiter.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Trois textes, une architecture</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le <a href="https://acpr.banque-france.fr/fr/reglementation/focus-sur-la-reglementation/reglementation-en-matiere-de-lcb-ft" target="_blank" rel="noopener">paquet LCB-FT</a>, publié au Journal officiel de l&rsquo;Union européenne le 19 juin 2024, comprend trois textes complémentaires.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Le </strong><a href="https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32024R1624" target="_blank" rel="noopener">règlement AMLR</a> constitue le cœur du dispositif. Il définit un corpus unique de règles, directement applicable sans transposition, à compter du 10 juillet 2027 : obligations de vigilance à l&rsquo;égard de la clientèle, identification des bénéficiaires effectifs, traitement des personnes politiquement exposées, déclarations de soupçon.</li>



<li><strong>La </strong><a href="https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32024L1640" target="_blank" rel="noopener">sixième directive</a> organise ce qui relève encore des États : les registres des bénéficiaires effectifs, les cellules de renseignement financier comme Tracfin en France, et les pouvoirs des superviseurs nationaux. Elle doit être transposée d&rsquo;ici au 10 juillet 2027.</li>



<li><strong>Le</strong><a href="https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX:32024R1620" target="_blank" rel="noopener"> règlement instituant l&rsquo;AMLA</a> crée l&rsquo;autorité européenne et précise ses missions.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Un quatrième texte, adopté dès 2023, complète l&rsquo;ensemble : la refonte du règlement sur les transferts de fonds, qui étend aux crypto-actifs la « règle du voyage ». Depuis le 30 décembre 2024, chaque transfert de crypto-actifs doit être accompagné des informations sur son émetteur et son bénéficiaire, comme un virement bancaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;AMLA, un superviseur aux pouvoirs inédits</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Installée à Francfort, l&rsquo;<a href="https://www.amla.europa.eu/index_en?prefLang=fr" target="_blank" rel="noopener">Autorité européenne de lutte contre le blanchiment de capitaux </a>est opérationnelle depuis le 1er juillet 2025. Elle est présidée par l&rsquo;Italienne Bruna Szego, et l&rsquo;Autorité bancaire européenne lui a transféré ses compétences en matière de LCB-FT le 1er janvier 2026.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa mission la plus visible sera la <strong>supervision directe</strong> d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;établissements financiers parmi les plus exposés : des groupes bancaires, mais aussi des établissements de paiement, des émetteurs de monnaie électronique et des prestataires sur crypto-actifs. Seront éligibles les acteurs présents dans au moins six États membres et présentant un profil de risque élevé. La collecte de données destinée à calibrer les modèles d&rsquo;évaluation des risques a débuté en mars 2026. La sélection interviendra à partir de juillet 2027, et la supervision directe commencera en janvier 2028.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ces établissements, l&rsquo;AMLA disposera de pouvoirs comparables à ceux de la BCE dans le cadre du mécanisme de surveillance unique : inspections sur place, injonctions, sanctions financières. Pour tous les autres, la supervision reste nationale, assurée en France par l&rsquo;ACPR. L&rsquo;AMLA en coordonnera la convergence et pourra intervenir lorsqu&rsquo;un superviseur national se montre défaillant. Elle aura également pour mission de soutenir et de coordonner les cellules de renseignement financier, dont la coopération transfrontalière restait le maillon faible du dispositif.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce qui change pour les établissements</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le passage d&rsquo;une directive à un règlement emporte une conséquence majeure : les règles seront les mêmes à Paris, à Vilnius et à Dublin. Plusieurs mesures méritent l&rsquo;attention.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Les paiements en espèces</strong> sont plafonnés à 10 000 euros dans toute l&rsquo;Union pour les transactions commerciales. Les États restent libres de fixer un plafond plus bas : la France conserve son seuil de 1 000 euros pour les résidents.</li>



<li><strong>Les bénéficiaires effectifs</strong> sont identifiés à partir de 25 % du capital ou des droits de vote. La Commission pourra abaisser ce seuil à 15 % pour les catégories d&rsquo;entités jugées à risque élevé. Les registres nationaux seront interconnectés.</li>



<li><strong>Les comptes et portefeuilles anonymes</strong> de crypto-actifs sont interdits.</li>



<li><strong>De nouvelles entités</strong> entrent dans le champ des obligations : négociants en biens de luxe, clubs de football professionnel et agents de joueurs.</li>



<li><strong>Les registres centralisés des comptes bancaires</strong> seront interconnectés au niveau européen, ce qui permettra aux cellules de renseignement financier d&rsquo;obtenir rapidement des informations par-delà les frontières.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;AMLA prépare en parallèle de nombreuses normes techniques qui préciseront ces obligations, notamment sur la vigilance à l&rsquo;égard de la clientèle et la méthodologie d&rsquo;évaluation des risques. Une grande partie devait être livrée au plus tard le 10 juillet 2026. Ce sont elles, plus que les textes de niveau 1, qui détermineront le coût réel de la mise en conformité. L&rsquo;ACPR en a présenté les principaux enjeux dans <a href="https://acpr.banque-france.fr/system/files/import/acpr/medias/documents/20241209_article_revue_acpr_paquet_aml.pdf" target="_blank" rel="noopener">un article de sa Revue</a>.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Fintechs et crypto en première ligne</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La réforme vise explicitement les modèles nés de la transformation numérique de la finance. L&rsquo;entrée en relation à distance, la croissance rapide et l&rsquo;activité dans plusieurs pays grâce au passeport européen ont permis aux néobanques et aux établissements de paiement de conquérir des millions de clients. Ces mêmes caractéristiques les exposent particulièrement au risque de blanchiment lorsque les dispositifs de contrôle ne suivent pas le rythme commercial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les sanctions récentes l&rsquo;illustrent. Le superviseur allemand BaFin a infligé à N26 <a href="https://n26.com/en-eu/press/press-release/statement-on-the-fine-issued-to-n26-bank-ag-by-the-federal-financial-supervisory-authority" target="_blank" rel="noopener">une amende de 9,2 millions d&rsquo;euros</a> en 2024, pour des déclarations de soupçon transmises tardivement. Il avait plafonné la croissance de la néobanque en 2021, avant de lever cette limite en 2024. La Banque de Lituanie a sanctionné Revolut <a href="https://www.lrt.lt/en/news-in-english/19/2531818/revolut-bank-fined-eur3-5m-for-breaching-anti-money-laundering-rules" target="_blank" rel="noopener">à hauteur de 3,5 millions d&rsquo;euros</a> en 2025 pour des manquements à ses obligations LCB-FT. Les grands acteurs de la fintech européenne, présents dans de nombreux pays, figurent parmi les candidats naturels à la supervision directe de l&rsquo;AMLA.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour eux, la conformité cesse d&rsquo;être une fonction de soutien. Elle conditionne la capacité à croître et à conserver ses agréments.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un levier de transformation</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le paquet LCB-FT ne se réduit pas à une contrainte supplémentaire. En harmonisant les règles, il met fin à l&rsquo;arbitrage réglementaire entre États membres et réduit le coût, pour un groupe européen, de dispositifs divergents d&rsquo;un pays à l&rsquo;autre. En imposant des exigences élevées et homogènes, il pousse les établissements à industrialiser leurs contrôles : analyse automatisée des transactions, outils d&rsquo;intelligence artificielle pour le filtrage, partage d&rsquo;informations encadré entre établissements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il consacre aussi une évolution plus profonde. La conformité devient un élément de la réputation et de la solidité d&rsquo;un établissement, au même titre que ses fonds propres. Avec l&rsquo;AMLA, l&rsquo;Europe parachève l&rsquo;union bancaire sur un terrain qu&rsquo;elle avait laissé aux États, et 2027 marquera pour l&rsquo;ensemble du secteur l&rsquo;entrée dans un régime commun.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Sources : règlements (UE) 2024/1620 et 2024/1624, directive (UE) 2024/1640 ; ACPR ; AMLA ; BaFin ; Banque de Lituanie.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Commerce agentique : l&#8217;Europe se décidera-t-elle à confier ses paiements à l&#8217;IA ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fatine Bennani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Oct 2026 10:23:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fintech & Paiements]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligence artificielle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les agents d'IA promettent d'acheter à notre place, mais le paiement reste le maillon décisif. Consentement, fraude, responsabilité : faute de loi, les réseaux de cartes fixent les règles.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Début septembre 2026, Revolut et Visa ont réalisé le premier paiement par intelligence artificielle en France : un agent IA a acheté un logiciel avec la carte d&rsquo;un client, sans intervention humaine au moment du paiement. Il ne s&rsquo;agit encore que d&rsquo;un pilote. C&rsquo;est ce que l&rsquo;on appelle le commerce agentique : confier à un agent IA ses achats, de la recherche jusqu&rsquo;au paiement, dans les limites fixées par le client.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces premières transactions pourraient-elles devenir un usage courant ? Trois conditions doivent être réunies : une technologie capable d&rsquo;acheter en toute sécurité, des règles qui disent qui répond d&rsquo;une erreur ou d&rsquo;une fraude, et des consommateurs prêts à déléguer leur paiement. La première est en passe d&rsquo;être remplie. Les deux autres ne le sont pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La technique : tous les acteurs sont lancés</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les acteurs du paiement comme les commerçants se préparent activement, chacun sur son terrain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Du côté du paiement, l&rsquo;infrastructure se met en place des deux côtés de l&rsquo;Atlantique. Aux États-Unis, Mastercard a annoncé l&rsquo;ouverture de son service Agent Pay à l&rsquo;ensemble de ses porteurs de cartes dès la fin de 2025, et Shopify a activé par défaut le paiement par agent pour un million de commerçants en septembre 2026. Google a lancé des protocoles ouverts qui organisent les échanges entre agents, commerçants et systèmes de paiement. En Europe, Worldline adapte l&rsquo;ensemble de ses services aux commerçants et aux banques, et a réalisé avec ING des transactions agentiques en conditions réelles, avec Mastercard en juin puis avec Visa en juillet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les outils qui sécurisent la délégation existent aussi. Le mandat enregistre ce que le client a autorisé, par exemple le produit recherché et le budget maximal. Le « Know Your Agent » vérifie qui fournit l&rsquo;agent et comment il fonctionne. Les traces de l&rsquo;autorisation et de la transaction permettent de déterminer où une erreur s&rsquo;est produite en cas de contestation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les commerçants, de leur côté, veulent y aller. En France, selon le baromètre du cabinet Converteo, ils sont majoritairement convaincus de l&rsquo;intérêt des agents IA, et l&rsquo;adoption est rapide : alors que ces outils ne se sont généralisés que depuis deux ans environ, 22 % des 170 grands sites d&rsquo;e-commerce étudiés proposent déjà un agent d&rsquo;aide à l&rsquo;achat, et 26 % parmi les cent premiers. Ces agents répondent aux questions et orientent vers les produits, mais aucun ne permet encore de finaliser un achat : ils obtiennent une note moyenne de 62 sur 100 pour la visibilité, contre 25 sur 100 pour la capacité à conclure une transaction. Les enseignes progressent par étapes, de la réponse aux questions à la recommandation, puis à la constitution du panier et enfin à l&rsquo;achat. Il leur faut encore permettre à l&rsquo;IA de s&rsquo;appuyer de manière fiable sur leur catalogue, maîtriser le risque d&rsquo;erreur d&rsquo;un agent qui parle en leur nom et s&rsquo;assurer que ces conversations, qui ont un coût, génèrent bien des ventes supplémentaires. Converteo anticipe les premiers usages plus autonomes dès l&rsquo;année prochaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Personne n&rsquo;attend. Ce n&rsquo;est pas la technique qui retient le commerce agentique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La réglementation : la règle qui manque</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le vrai blocage est juridique. Si un agent IA achète le mauvais produit, ou si un fraudeur en prend le contrôle, qui rembourse le client ? Le consommateur, le commerçant, la banque, le réseau de paiement et l&rsquo;éditeur de l&rsquo;agent interviennent tous dans la transaction. Aucun texte ne dit lequel supporte la perte. Les outils techniques permettent d&rsquo;identifier l&rsquo;erreur, ils ne disent pas qui la paie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce vide existe partout. Aux États-Unis, 93 % des commerçants estiment, selon une enquête de PYMNTS, que c&rsquo;est à l&rsquo;éditeur de l&rsquo;IA de rembourser. Les grandes banques américaines, dont Bank of America et Capital One, réclament des règles communes avant toute généralisation. Chacun refuse de porter le risque à la place des autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Europe, le droit ajoute ses propres contraintes. La DSP2 impose une authentification forte : le client valide lui-même chaque paiement en ligne. Ce principe n&rsquo;a pas été conçu pour un logiciel qui agit en vertu d&rsquo;un mandat. Le texte qui lui succédera, attendu pour 2027, ne traite pas le sujet. La jurisprudence, de son côté, protège de plus en plus les victimes de fraude : en France, la Cour de cassation a jugé, le 30 avril 2025, qu&rsquo;une banque ne peut faire supporter à son client une opération non autorisée sans prouver d&rsquo;abord qu&rsquo;elle a été dûment authentifiée. Les banques n&rsquo;ont donc aucune raison de garantir des achats qu&rsquo;elles n&rsquo;ont ni initiés ni contrôlés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les expérimentations européennes en tirent les conséquences. Lors des transactions de Worldline et d&rsquo;ING, le client gardait la validation finale. En France, le Crédit Agricole a testé avec Mastercard un agent chargé d&rsquo;acheter un billet de festival sur Weezevent, après confirmation explicite du client, et Revolut et Visa ont recueilli l&rsquo;autorisation du client à l&rsquo;avance. Worldline le reconnaît : les achats autonomes se heurtent à des obstacles « réglementaires plutôt que techniques ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Faute de législateur, ce sont les acteurs privés qui écrivent les règles. Visa travaille avec une trentaine de banques, dont Barclays, Revolut et Commerzbank, mais aucune française, pour définir la manière dont le client autorise un achat et les conditions de remboursement en cas de litige. Les acteurs européens défendent un autre modèle, où la banque du client garde la maîtrise de l&rsquo;autorisation du paiement et un rôle central dans sa protection. Worldline rappelle que le paiement reste une industrie locale, et que les banques y sont des acteurs de confiance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La confiance : une délégation qui se gagnera achat par achat</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Reste le consommateur. Il utilise déjà l&rsquo;IA pour préparer ses achats, mais s&rsquo;arrête avant le paiement. Aux États-Unis, où la technologie est prête et la réglementation légère, les agents IA n&rsquo;interviennent que dans 3 % des transactions, selon Checkout.com. D&rsquo;après Forrester, 24 % seulement des Américains qui achètent en ligne font confiance à un agent pour leurs achats courants. OpenAI en a tiré les conséquences en fermant Instant Checkout, son service de paiement intégré à ChatGPT, six mois après son lancement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, 40 % des consommateurs ont utilisé l&rsquo;IA pour préparer un achat au cours des douze derniers mois, selon l&rsquo;Observatoire société et consommation. D&rsquo;après une étude d&rsquo;Idealo et de Kantar, 69,8 % la jugent utile pour comparer et trouver le meilleur prix, mais 51,8 % refuseraient de lui confier l&rsquo;intégralité de leur parcours d&rsquo;achat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette prudence n&rsquo;a rien d&rsquo;irrationnel. Les premiers incidents la justifient : Meta a dû corriger une faille de son agent Muse, qui aurait permis à des fraudeurs d&rsquo;acheter au nom des utilisateurs. Elle varie surtout avec l&rsquo;enjeu de l&rsquo;achat. Commander automatiquement du dentifrice ou trouver un ventilateur au meilleur prix présente peu de risques. Confier à une IA l&rsquo;achat d&rsquo;un voyage familial ou d&rsquo;un siège auto pour bébé exige une confiance d&rsquo;un tout autre niveau. La délégation progressera donc d&rsquo;abord sur les achats courants et peu coûteux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La confiance dépendra aussi de la capacité de l&rsquo;agent à demander une confirmation au bon moment. C&rsquo;est le sens des démonstrations menées en France par Worldline avec Cartes Bancaires : même lorsque l&rsquo;agent a préparé la commande, le client confirme son achat par l&rsquo;authentification de sa banque, dans un environnement qui lui est familier.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une prudence qui pourrait devenir un atout</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aux débuts du commerce en ligne, beaucoup juraient de ne jamais saisir leur numéro de carte sur Internet, rappelle l&rsquo;économiste Philippe Moati. Les réticences d&rsquo;aujourd&rsquo;hui céderont de la même façon, lorsque la sécurité sera démontrée et la responsabilité clarifiée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La prudence européenne, souvent perçue comme un frein, pourrait alors devenir un atout. Un modèle où la banque authentifie l&rsquo;achat au moment opportun répond précisément à ce qui retient les consommateurs : garder la maîtrise de leur argent. Encore faut-il que l&rsquo;Europe fixe les règles de la délégation, et que les banques européennes participent à leur écriture. À défaut, ce sont les réseaux de cartes et les géants de la technologie qui fixeront les conditions du paiement par agent IA.</p>
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		<title>Revolut : une conquête fulgurante par les usages, des licences bancaires… Et maintenant ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fatine Bennani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Oct 2026 23:54:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Banques]]></category>
		<category><![CDATA[Banques en ligne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Licences au Royaume-Uni, en France, au Mexique : Revolut dispose désormais des attributs d'une banque. Mais rien ne dit qu'elle compte en reproduire le modèle.</p>
<p>L’article <a rel="nofollow" href="https://www.fatinebennani.com/revolut-une-conquete-fulgurante-par-les-usages-des-licences-bancaires-et-maintenant/">Revolut : une conquête fulgurante par les usages, des licences bancaires… Et maintenant ?</a> est apparu en premier sur <a rel="nofollow" href="https://www.fatinebennani.com">Fatine Bennani</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>Après le Mexique et le Royaume-Uni, Revolut a obtenu cet été une licence bancaire en France. La néobanque dispose désormais des attributs d&rsquo;une banque. Rien ne dit pourtant qu&rsquo;elle compte en reproduire le modèle.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">En quelques années, Revolut est devenue l&rsquo;un des acteurs les plus puissants de la banque de détail en Europe. Fin 2025, elle comptait 68 millions de clients particuliers dans le monde, dont plus de 7 millions en France, pour un chiffre d&rsquo;affaires de 6 milliards de dollars, en hausse de 46 %, et un bénéfice avant impôt de 2,3 milliards. Elle en compte 80 millions aujourd&rsquo;hui et vise désormais 100 millions de clients d&rsquo;ici mi-2027.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette croissance s&rsquo;est construite par les usages : un compte ouvert en quelques minutes, des paiements à l&rsquo;étranger sans frais, puis, une à une, de nouvelles fonctionnalités.</p>



<p class="wp-block-paragraph"> L&rsquo;année 2026 marque une autre étape : celle des licences bancaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;année des licences</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le calendrier est dense. En janvier, Revolut a obtenu une licence bancaire au Mexique, sa première hors d&rsquo;Europe. En mars, elle a achevé au Royaume-Uni, son marché d&rsquo;origine, la phase de démarrage imposée par le régulateur, et y exerce désormais comme une banque à part entière. En juin, ce fut le tour des Émirats arabes unis. Le 10 août, enfin, Revolut Bank S.A. a été agréée en France par l&rsquo;Autorité de contrôle prudentiel et de résolution et la Banque centrale européenne. Une demande est par ailleurs en cours aux États-Unis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La licence française est le sésame pour étendre son offre de produits et approfondir sa relation avec ses clients. Elle permet de proposer des produits conformes au droit français, ce que l&rsquo;entité lituanienne, par laquelle Revolut opérait jusqu&rsquo;ici dans l&rsquo;Union européenne, ne pouvait faire qu&rsquo;imparfaitement. Elle servira aussi de base à son développement en Europe de l&rsquo;Ouest, avec un siège à Paris prévu pour 2027.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais c&rsquo;est aussi un nouveau cadre prudentiel, sous la supervision des autorités françaises et européennes, qui devrait renforcer la confiance. Un cadre qui a ses exigences : en juillet 2025, la BCE avait déjà gelé le lancement de nouveaux produits par Revolut dans l&rsquo;Espace économique européen, après avoir relevé des défaillances dans ses processus d&rsquo;approbation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le crédit, un levier délibérément écarté ? </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Rien ne dit pourtant que Revolut usera des leviers habituels d&rsquo;ancrage, à commencer par le crédit immobilier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À en croire les récentes déclarations d&rsquo;Antoine Le Nel, son directeur marketing, rapportées par Le Monde : « Nous n&rsquo;avons aucun intérêt à faire autant que les autres banques. Elles consacrent plus de 80 % de leurs dépôts à l&rsquo;octroi de crédit. À terme, Revolut ne compte pas y consacrer plus de 5 %. On le fera parce que nos clients le demandent, pas parce qu&rsquo;on veut le faire. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une réticence à mettre, peut-être, en regard de restrictions réglementaires. Selon Bloomberg, la BCE envisagerait d&rsquo;encadrer la croissance des nouveaux crédits de l&rsquo;entité française. Revolut n&rsquo;a pas commenté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, Revolut disposait pour cela d&rsquo;atouts de taille : 50,2 milliards de livres d&rsquo;avoirs confiés par ses clients, et une clientèle composée à plus de 50 % des moins de 35 ans. La bonne cible pour ce produit réputé inscrire la relation dans la durée : en France, l&rsquo;âge moyen des primo-accédants est de 32 ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le crédit immobilier est, pour une banque traditionnelle, bien plus qu&rsquo;un produit. Il fixe la domiciliation des revenus, ouvre la voie à l&rsquo;assurance emprunteur, à l&rsquo;épargne, aux autres crédits, et lie le client à son établissement pour une vingtaine d&rsquo;années. Y renoncer, c&rsquo;est renoncer au principal instrument de fidélisation du modèle bancaire classique. C&rsquo;est aussi échapper à ses contraintes : la transformation des dépôts en crédits longs, la consommation de fonds propres et l&rsquo;exposition au risque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Revolut mise plutôt sur deux autres leviers : </p>



<h3 class="wp-block-heading">Le premier est l&rsquo;épargne</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le profil des investisseurs s&rsquo;est nettement rajeuni en France depuis la crise sanitaire. Autour de 20 % des investisseurs actifs en actions en 2024 et 2025 avaient moins de 35 ans, contre moins de 10 % avant 2020. Revolut a déjà creusé son sillon auprès de ce public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur les réseaux sociaux et par l&rsquo;intermédiaire des influenceurs, elle a réussi à rallier une clientèle en quête d&rsquo;autonomie et de montants accessibles, notamment grâce au fractionnement des actions, le tout depuis une seule et même application. Son activité de gestion de patrimoine a dépassé 870 millions de dollars de revenus en 2025, en hausse de 31 %.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;épargne présente un double avantage. Elle génère des commissions sans consommer beaucoup de fonds propres, et elle installe une relation durable, à la manière du crédit immobilier, mais sans en porter le risque.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Second levier : la multiplication des usages</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Une stratégie qui s&rsquo;est révélée jusque là payante. Revolut compte aujourd&rsquo;hui onze lignes de produits générant chacune plus d&rsquo;une centaine de millions de livres de revenus : cartes, change, abonnements, épargne, crypto-actifs et bien d&rsquo;autres. En apportant la preuve de son efficacité sur chaque usage, Revolut ancre davantage la relation. Le client ne reste pas pour un crédit qui l&rsquo;engage, mais pour un ensemble de services qu&rsquo;il utilise chaque jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le lancement, fin août, d&rsquo;EURR prolonge cette logique. Ce stablecoin adossé à l&rsquo;euro est émis par Bridge, une filiale de Stripe, et distribué par Revolut à ses clients européens, d&rsquo;abord au Danemark, en Pologne et au Portugal. Revolut n&rsquo;émet pas elle-même la monnaie numérique. Elle confirme en revanche une volonté de maîtriser l&rsquo;interface à partir de laquelle ses clients accèdent aux circuits par lesquels l&rsquo;argent circule. C&rsquo;est là que se situe sa valeur : moins dans le bilan que dans l&rsquo;application.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Réinventer le modèle bancaire, jusqu&rsquo;à quel point ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Revolut ne semble décidément pas vouloir reproduire le modèle d&rsquo;une banque traditionnelle, mais plutôt le réinventer : une banque qui collecte massivement, prête peu, et tire ses revenus des services plus que de la transformation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce modèle a ses forces. Il est peu consommateur de capital, très rentable, et adapté à une clientèle jeune et mobile. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Il a aussi ses limites. Une banque qui ne prête pas reste dépendante des taux d&rsquo;intérêt, qui rémunèrent ses dépôts placés, et de la fidélité volatile de clients attirés par les usages. Les régulateurs, enfin, regardent avec attention un établissement dont la croissance a souvent précédé la maturité de ses dispositifs de contrôle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face à elle, les banques françaises ne restent pas immobiles. <a href="https://www.fatinebennani.com/societe-generale-plan-strategique-banque-de-detail/" data-type="link" data-id="https://www.fatinebennani.com/societe-generale-plan-strategique-banque-de-detail/">Société Générale vient de faire de BoursoBank le pivot de sa banque de détail,</a> avec l&rsquo;objectif de dépasser 14 millions de clients en 2029. Revolut, elle, en vise 10 millions en France dès 2027. Les deux modèles s&rsquo;adressent désormais au même client.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Revolut a prouvé qu&rsquo;elle savait conquérir. Il lui reste à montrer qu&rsquo;elle peut durer, et à dire jusqu&rsquo;où elle entend réinventer la banque.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Sources : Revolut, résultats annuels 2025 ; Le Monde ; Bloomberg, 21 juillet 2026 ; Euronews, 10 août 2026 ; Société Générale, Capital Markets Day du 21 septembre 2026.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Société Générale,  la banque de détail au coeur des anbitions</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fatine Bennani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Oct 2026 23:46:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Banques]]></category>
		<category><![CDATA[Stratégies bancaires]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Longtemps restée au second plan de la stratégie du groupe, la banque de détail devient un levier de croissance majeur pour Société Générale. Un revirement qui doit beaucoup à BoursoBank. Que retenir du plan stratégique présenté par Société Générale le 21 septembre 2026 ? Au-delà des annonces habituelles de simplification, de maîtrise des coûts, avec [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Longtemps restée au second plan de la stratégie du groupe, la banque de détail devient un levier de croissance majeur pour Société Générale. Un revirement qui doit beaucoup à BoursoBank.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Que retenir du plan stratégique présenté par Société Générale le 21 septembre 2026 ? Au-delà des annonces habituelles de simplification, de maîtrise des coûts, avec l&rsquo;aide de l&rsquo;intelligence artificielle, et de croissance disciplinée, ce sont clairement les nouvelles ambitions pour la banque de détail qui retiennent l&rsquo;attention.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le plan fixe un cap à 2029 : une rentabilité des fonds propres tangibles (ROTE) de 13 à 14 %, puis supérieure à 15 % à partir de 2030, des revenus en hausse d&rsquo;environ 3 % par an et un coefficient d&rsquo;exploitation inférieur à 55 %. Pour atteindre ces objectifs, le groupe compte sur ses activités d&rsquo;épargne, sur sa banque de financement et d&rsquo;investissement et, de manière plus inédite, sur sa banque de détail en France.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un premier plan pour restaurer les fondations</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce changement de cap ne se comprend qu&rsquo;à la lumière du plan précédent. Présenté en septembre 2023, celui-ci avait été mal accueilli : l&rsquo;action avait perdu plus de 12 % le jour même, les investisseurs jugeant les ambitions de croissance trop modestes. Sa priorité était ailleurs : simplifier le portefeuille d&rsquo;activités, céder les participations non stratégiques, renforcer le capital et réduire les coûts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le pari a été tenu. Les coûts du groupe ont nettement reculé, la rentabilité s&rsquo;est redressée, et le groupe vise désormais un ROTE d&rsquo;environ 11 % pour 2026. Le marché en a pris acte : l&rsquo;action a été la plus forte progression du CAC 40 en 2025.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les banques françaises restent toutefois moins bien valorisées que plusieurs grands concurrents européens. Les investisseurs y voient le poids de spécificités nationales : les crédits immobiliers à taux fixe qui retardent l&rsquo;effet d&rsquo;une hausse des taux, le coût de l&rsquo;épargne réglementée et des réseaux de distribution coûteux. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour réduire cet écart, la discipline ne suffit plus. Il faut aussi de la croissance&#8230; Et elle passe par la banque de détail.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un revirement en trois temps</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière ce choix, une logique en trois temps, dont BoursoBank est la clé de voûte.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>La marge d&rsquo;intérêt a retrouvé son rôle de moteur. Avec la remontée des taux en 2022 et 2023, Société Générale a vu les revenus de sa banque de détail se redresser, mais avec retard. Freinée un temps par les crédits à taux fixe et le coût de l&rsquo;épargne réglementée, la marge nette d&rsquo;intérêt a fini par jouer son rôle de moteur : au premier semestre 2026, elle progressait encore de plus de 13 % sur un an.</li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>La rationalisation du réseau porte ses fruits. La fusion avec le Crédit du Nord, achevée en 2023, s&rsquo;est accompagnée d&rsquo;une refonte de l&rsquo;organisation, des systèmes d&rsquo;information et des effectifs. Ces progrès se lisent dans le coefficient d&rsquo;exploitation de la banque de détail en France, qui réunit le réseau Société Générale, BoursoBank et la banque privée : il a été ramené à 57,5 % au premier semestre 2026, contre 66,6 % un an plus tôt.</li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Et puis, il y a BoursoBank. Après une conquête menée au prix d&rsquo;une politique tarifaire très agressive et de longues années de pertes, la banque en ligne dégage désormais des bénéfices : 176 millions d&rsquo;euros de résultat net au premier semestre 2026, pour 9,1 millions de clients fin juin. Le nouveau plan lui fixe un objectif de plus de 14 millions de clients en 2029.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Sans BoursoBank, miser sur la banque de détail en France serait bien moins convaincant.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une franchise unique, un pari d&rsquo;organisation</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le moment est donc venu d&rsquo;en faire le pivot de l&rsquo;activité de détail du groupe. Sous la direction de Benoît Grisoni, jusqu&rsquo;ici à la tête de BoursoBank, les particuliers et les professionnels des agences Société Générale et de la banque en ligne relèveront désormais d&rsquo;une seule et même franchise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le choix du dirigeant est en lui-même un message. Confier l&rsquo;ensemble de la banque de détail au patron de la banque en ligne, c&rsquo;est indiquer que le modèle de BoursoBank, son efficacité, ses parcours numériques, sa culture de la conquête, ont vocation à inspirer l&rsquo;ensemble.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le chantier n&rsquo;en reste pas moins considérable. Deux modèles cohabitent : </p>



<ul class="wp-block-list">
<li>l&rsquo;un repose sur la proximité et le conseil, avec des tarifs qui en reflètent le coût ; </li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>l&rsquo;autre sur l&rsquo;autonomie du client et des prix bas. </li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les réunir suppose de clarifier les offres, d&rsquo;éviter que les clients des agences ne migrent vers la banque en ligne à moindre coût, et de faire travailler ensemble des équipes aux cultures très différentes. La réussite du plan se jouera largement sur cette articulation.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un enjeu boursier autant que commercial</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;enjeu est aussi boursier. Une banque de détail plus efficiente peut renforcer la récurrence des résultats du groupe et réduire sa dépendance aux revenus plus volatils de la banque de financement et d&rsquo;investissement. C&rsquo;est un argument supplémentaire pour convaincre les investisseurs de la solidité de son modèle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le marché semble l&rsquo;avoir entendu. Le 21 septembre, l&rsquo;action a progressé d&rsquo;environ 3 %, et plusieurs grandes banques d&rsquo;investissement ont jugé le plan crédible. L&rsquo;accueil contraste nettement avec celui de 2023.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La condition reste exigeante : croître sans laisser repartir les coûts. Le plan prévoit environ 1,9 milliard d&rsquo;euros d&rsquo;économies brutes d&rsquo;ici 2029, dont 500 à 600 millions attendus de l&rsquo;intelligence artificielle, dans le cadre d&rsquo;un partenariat avec Anthropic. Elles devront compenser l&rsquo;inflation et financer les investissements de croissance.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le pari d&rsquo;un marché encore conquérant</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La direction de Société Générale fait le pari que le marché français, malgré sa maturité, offre encore un réel potentiel de conquête. Ce pari n&rsquo;a rien d&rsquo;évident dans un pays où la plupart des adultes sont déjà bancarisés, et où la concurrence s&rsquo;est intensifiée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans doute les ambitions affichées par Revolut en France auront-elles achevé de l&rsquo;en convaincre. <a href="https://www.fatinebennani.com/revolut-une-conquete-fulgurante-par-les-usages-des-licences-bancaires-et-maintenant/" data-type="link" data-id="https://www.fatinebennani.com/revolut-une-conquete-fulgurante-par-les-usages-des-licences-bancaires-et-maintenant/">Fraîchement dotée d&rsquo;un agrément bancaire français, la néobanque vise 10 millions de clients dans l&rsquo;Hexagone d&rsquo;ici 2027. </a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le terrain de la banque en ligne, BoursoBank et Revolut s&rsquo;adressent désormais au même client.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Sources : Société Générale, communiqué des résultats du premier semestre 2026 et présentation du Capital Markets Day, 21 septembre 2026.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Virement instantané et vérification du bénéficiaire : la vitesse et la vigilance</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fatine Bennani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Oct 2026 19:56:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Réglementation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;essentiel Le règlement européen 2024/886 fait du virement instantané la norme dans la zone euro. Depuis le 9 octobre 2025, toutes les banques qui proposent des virements doivent pouvoir en émettre et en recevoir en instantané, sans le facturer plus cher qu&#8217;un virement classique.Depuis la même date, la vérification du bénéficiaire est obligatoire et gratuite [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;essentiel</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le règlement européen 2024/886 fait du virement instantané la norme dans la zone euro. Depuis le 9 octobre 2025, toutes les banques qui proposent des virements doivent pouvoir en émettre et en recevoir en instantané, sans le facturer plus cher qu&rsquo;un virement classique.<br>Depuis la même date, la vérification du bénéficiaire est obligatoire et gratuite : avant chaque virement, la banque contrôle que le nom du bénéficiaire correspond bien à l&rsquo;IBAN saisi.<br>Ce contrôle protège contre l&rsquo;erreur et la substitution d&rsquo;IBAN. Il reste en revanche sans effet sur la fraude par manipulation, où la victime valide elle-même le virement.<br>Or cette fraude a atteint 516 millions d&rsquo;euros en 2025, en hausse de 34 %. Elle représente désormais plus de 40 % de la fraude aux moyens de paiement en France.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le virement classique a toujours eu une vertu discrète : sa lenteur. Le délai d&rsquo;un jour ouvré, souvent critiqué, laissait le temps de détecter une erreur ou une fraude avant que l&rsquo;argent ne change définitivement de compte. En rendant le virement instantané, l&rsquo;Union européenne a fait le choix de la vitesse. Elle l&rsquo;a assorti d&rsquo;un garde-fou, la vérification du bénéficiaire. Reste à savoir si ce garde-fou est à la hauteur de la menace qui s&rsquo;est déplacée vers le virement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le virement instantané devient la norme</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le virement instantané existe en Europe depuis 2017, mais il restait une option, souvent payante et inégalement proposée. Le règlement 2024/886 du 13 mars 2024 change la donne. Dans la zone euro, les banques ont dû être en mesure de recevoir des virements instantanés au 9 janvier 2025, puis d&rsquo;en émettre au 9 octobre 2025.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le virement instantané est disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et les fonds sont crédités en quelques secondes. Surtout, il ne peut plus être facturé plus cher qu&rsquo;un virement classique. C&rsquo;est la fin d&rsquo;une source de revenus pour certaines banques, et la levée d&rsquo;un frein majeur à son adoption.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le succès est déjà visible : en 2025, le nombre de virements instantanés a progressé de 78 % en France, et un virement sur six est désormais instantané.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette ambition dépasse le confort des utilisateurs. Le virement instantané est le socle technique d&rsquo;une souveraineté européenne des paiements : c&rsquo;est sur lui que s&rsquo;appuie Wero, la solution portée par les banques européennes pour concurrencer Visa, Mastercard et PayPal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vérification du bénéficiaire : comment elle fonctionne</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour compenser les risques liés à la vitesse, le règlement impose une vérification du bénéficiaire, connue sous son nom anglais, Verification of Payee. Depuis le 9 octobre 2025, elle s&rsquo;applique à tous les virements, instantanés ou non. Elle est gratuite pour le client.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant chaque virement, la banque de l&rsquo;émetteur interroge en temps réel celle du bénéficiaire pour vérifier la concordance entre le nom saisi et l&rsquo;IBAN. Quatre réponses sont possibles :</p>



<p class="wp-block-paragraph">correspondance exacte : le virement peut être validé ;<br>correspondance partielle : la banque affiche le nom réel du titulaire, par exemple en cas de faute de frappe ;<br>aucune correspondance : la banque alerte le client ;<br>vérification impossible : par exemple lorsque la banque du bénéficiaire ne répond pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le client reste libre de valider malgré une alerte. Mais il en assume alors les conséquences : la banque ne peut plus être tenue pour responsable si le virement se révèle frauduleux ou erroné.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que ce contrôle protège</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vérification du bénéficiaire répond à deux risques précis. Le premier est l&rsquo;erreur de saisie, qui pouvait envoyer des fonds sur un compte inconnu, sans recours simple. Le second est la fraude à la substitution d&rsquo;IBAN : un faux RIB glissé dans une facture, un courriel piraté annonçant un « changement de coordonnées bancaires ». Dans ces cas, le nom attendu ne correspond pas au compte du fraudeur, et l&rsquo;alerte joue son rôle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qu&rsquo;il ne protège pas</p>



<p class="wp-block-paragraph">La fraude qui progresse le plus échappe largement à ce dispositif. Dans la fraude par manipulation, le fraudeur se fait passer pour un conseiller bancaire ou pour le service de lutte contre la fraude de la banque. Il dispose souvent d&rsquo;informations personnelles issues de fuites de données, ce qui rend son discours crédible. Il convainc la victime de « sécuriser » son argent en le virant elle-même, depuis son application, avec sa validation biométrique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vérification du bénéficiaire est alors impuissante, pour deux raisons. D&rsquo;abord, le compte de destination est souvent ouvert au nom d&rsquo;une personne réelle, un « compte mule », et le nom correspond donc à l&rsquo;IBAN. Ensuite, même en cas d&rsquo;alerte, le fraudeur, au téléphone, rassure la victime et l&rsquo;incite à passer outre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres de l&rsquo;Observatoire de la sécurité des moyens de paiement sont sans ambiguïté. En 2025, la fraude par manipulation a atteint 516 millions d&rsquo;euros, en hausse de 34 % sur un an. Elle représente 41,6 % de la fraude totale, contre 32,1 % en 2024. Sans elle, la fraude aux moyens de paiement aurait reculé. Le virement concentre désormais 39 % de la fraude, contre 30 % un an plus tôt.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le virement instantané lui-même résiste plutôt bien : son taux de fraude a baissé, de 0,046 % en 2024 à 0,041 % en 2025. La vitesse n&rsquo;est pas en cause en tant que telle. Ce qui fait défaut, c&rsquo;est la capacité à protéger un client qui agit sous influence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que cela change pour les acteurs</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les banques, la généralisation du virement instantané a imposé des investissements lourds : des systèmes disponibles en permanence, un contrôle des sanctions internationales désormais réalisé quotidiennement sur l&rsquo;ensemble de la clientèle plutôt qu&rsquo;à chaque opération, et une détection de la fraude en temps réel, sans le délai qui permettait autrefois une vérification humaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elles doivent aussi revoir leur communication. Expliquer à un client qu&rsquo;il est responsable d&rsquo;un virement qu&rsquo;il a validé, même sous la pression d&rsquo;un fraudeur, est un exercice délicat, qui touche directement à la confiance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les fintechs du paiement, le virement instantané gratuit ouvre des perspectives considérables : paiement de compte à compte, paiement en magasin, remboursements immédiats. Il réduit la dépendance aux réseaux de cartes et à leurs commissions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de la responsabilité reste ouverte</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vérification du bénéficiaire a déplacé la responsabilité vers le client, qui valide en connaissance de cause. Face à la montée de la fraude par manipulation, cet équilibre est discuté. Les futurs textes européens sur les services de paiement, DSP3 et le règlement PSR, qui feront l&rsquo;objet d&rsquo;un prochain article, visent notamment à mieux protéger les victimes d&rsquo;usurpation de l&rsquo;identité de leur banque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vitesse a changé de camp</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le virement instantané marque l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une longue modernisation des paiements européens. Il est rapide, gratuit, et désormais mieux sécurisé contre l&rsquo;erreur et le faux RIB. Mais la fraude a suivi le mouvement : elle ne cherche plus à forcer les systèmes, elle cible les personnes. La prochaine étape de la protection ne sera pas seulement technique ; elle passera par l&rsquo;éducation des clients et par une répartition plus juste des responsabilités entre la banque et la victime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sources : règlement (UE) 2024/886 du 13 mars 2024 ; Banque de France, rapport de l&rsquo;Observatoire de la sécurité des moyens de paiement 2025 ; Institut national de la consommation.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Fraude bancaire : quand la manipulation psychologique prend le relais des protections techniques</title>
		<link>https://www.fatinebennani.com/fraude-manipulation-pedagogie-banques/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Fatine Bennani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 Oct 2026 17:23:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Communication]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Jamais les banques n'ont autant parlé de fraude, et jamais la fraude par manipulation n'a été aussi élevée. Ce décalage interroge leur pédagogie.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">La fraude par manipulation progresse au moment même où les dispositifs techniques de sécurité atteignent une efficacité inédite. En 2025, elle a coûté 516 millions d’euros aux utilisateurs de moyens de paiement en France, en hausse de 34 % sur un an, et représente 41,6 % de la fraude totale. Ce paradoxe n’a rien d’accidentel : chaque protection qui réussit déplace la fraude vers le seul maillon qu’aucune technologie ne verrouille, la décision du client.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une efficacité technique réelle</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’authentification forte, imposée par la DSP2, exige au moins deux facteurs pour valider une opération sensible. Ses résultats sont mesurables. En 2025, le taux de fraude sur la carte atteint son plus bas niveau historique, et le paiement mobile en magasin ne subit plus que 9 euros de fraude pour 100 000 euros de paiements. Le montant de la fraude à la carte recule de 8,6 %, à 475 millions d’euros. Dans le même temps, l’authentification des numéros de téléphone, opérationnelle depuis janvier 2025 en application de la loi Naegelen, empêche les fraudeurs d’afficher le numéro d’une banque sur l’écran de leur victime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces résultats doivent être pris au sérieux. Ils montrent que la fraude technique, celle qui exploite une faille du système ou dérobe des données, est devenue difficile et peu rentable. C’est précisément ce succès qui explique la suite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le report de la fraude vers l’humain</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le crime financier obéit à la loi des fluides : contenu d’un côté, il s’écoule par l’issue qui reste ouverte. Face à des systèmes qu’il ne peut plus forcer, le fraudeur amène le titulaire du compte à lui ouvrir lui-même la porte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres de 2025 décrivent ce report avec netteté. La manipulation sur la carte reste stable, à 140 millions d’euros. Sur le virement, elle passe de 244 à 376 millions d’euros en un an. La fraude au virement représente 39 % de la fraude totale aux moyens de paiement, contre 30 % un an plus tôt, et près de huit euros sur dix y relèvent de la manipulation. Le virement, que le client émet lui-même depuis sa banque en ligne, est devenu le terrain privilégié d’une fraude qui ne dérobe rien : elle se fait remettre les fonds.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chaque protection, contournée par le même procédé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le mécanisme se vérifie protection par protection.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’authentification forte certifie que l’opération est validée par son titulaire. Elle ne dit rien de la raison pour laquelle il la valide. Le rapport de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP) décrit le scénario sur la carte : un faux conseiller, ou un faux service antifraude, convainc la victime de valider des opérations par authentification forte, sous prétexte de les annuler. Le dispositif conçu pour bloquer le fraudeur devient l’instrument de la fraude.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le blocage du spoofing, cette usurpation du numéro d’appel d’une banque, a contraint les fraudeurs à appeler depuis des numéros banalisés, a priori moins crédibles. Les fuites de données leur rendent cette crédibilité. Celle du fichier Ficoba a exposé en mars les données bancaires de plus d’un million de personnes ; celle de la DGFIP, à la mi-août, les données fiscales de 680 000 particuliers et professionnels. Un interlocuteur qui connaît l’adresse, la banque ou la situation fiscale de sa cible n’a plus besoin d’afficher le bon numéro. Le président de l’OSMP a lui-même souligné que ces fuites favorisent la diffusion de la fraude par manipulation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vérification du bénéficiaire, obligatoire depuis le 9 octobre 2025, contrôle la concordance entre le nom saisi par le payeur et le titulaire de l’IBAN. Elle neutralise la substitution de RIB. Dans la fraude au faux conseiller, en revanche, le fraudeur communique lui-même le nom du titulaire du compte de destination : la vérification confirme une concordance exacte, et son feu vert peut même conforter la victime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les passkeys, appelées à se généraliser, reposent sur une clé cryptographique liée à l’appareil de l’utilisateur et au site authentique ; elles rendent le phishing inopérant. L’affaire jugée par la Cour de justice de l’Union européenne le 15 octobre en donne la mesure : une cliente avait saisi ses identifiants sur une copie du site de sa banque, puis livré son code de confirmation. Une passkey aurait privé le faux site de toute donnée exploitable. Elle ne change rien à la situation de la victime qui ouvre sa véritable application et valide elle-même l’opération.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces protections ont un point commun. Chacune vérifie un fait technique : l’identité de celui qui valide, le numéro affiché, la concordance entre un nom et un IBAN, l’authenticité d’un site. Aucune ne vérifie l’intention du client. Le fraudeur a placé son attaque exactement sur ce point aveugle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une victime qui ne doute pas</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’efficacité de la manipulation tient à une caractéristique souvent sous-estimée : au moment où elle agit, la victime n’a aucun doute. Le scénario est construit pour cela. Un faux SMS de livraison, un e-mail présenté comme venant de la Sécurité sociale, puis l’appel d’un faux conseiller qui signale un virement suspect et propose de le bloquer : chaque étape installe à la fois l’urgence et la légitimité. La victime croit protéger son compte au moment même où elle le vide. Elle ne comprend qu’après coup, lorsque son interlocuteur cesse de répondre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce décalage prive d’effet une large part des dispositifs de prévention, car ils reposent sur le doute du client. Les campagnes de sensibilisation lui apprennent à se méfier. Le numéro unique antifraude à l’étude, sur le modèle du 159 britannique, lui permettrait de joindre sa banque en cas de soupçon. L’alerte de non-concordance de la vérification du bénéficiaire l’invite à revenir sur son ordre. Tous supposent un client qui s’interroge. La victime manipulée ne s’interroge pas : elle exécute en confiance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le virement instantané accentue cette asymétrie. Son taux de fraude n’est pas plus élevé que celui des autres instruments : 0,041 % en 2025, contre 0,049 % pour la carte. Il représente pourtant un virement sur six, et ses fonds sont crédités en quelques secondes, de manière irrévocable. Lorsque la victime prend conscience de l’escroquerie, même quelques minutes plus tard, l’argent a déjà quitté son compte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que cette fraude révèle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier enseignement porte sur la nature du risque. La sécurité des paiements a été conçue comme une affaire d’infrastructure : protéger les canaux, les données, les terminaux. La fraude par manipulation attaque la décision du client, qui se forme hors du périmètre de la banque, au téléphone, par SMS ou sur les réseaux sociaux. Renforcer encore le canal ne réduit pas un risque qui naît ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le deuxième tient à la place du client dans le dispositif. Une protection qui suppose qu’il identifie lui-même la fraude échoue précisément dans les cas où il ne l’identifie pas, c’est-à-dire lorsque la manipulation a réussi. La détection doit donc intervenir sans attendre son doute, du côté de la banque et avant l’exécution : repérer qu’un client qui n’a jamais émis de virement important transfère soudain son épargne vers un bénéficiaire inconnu, ou que la séquence de ses opérations correspond à un scénario de fraude connu. L’OSMP invite les banques à individualiser les plafonds et à approfondir la connaissance de leurs clients. Le partage d’informations entre établissements sur les IBAN frauduleux, en place depuis le printemps, vise quant à lui les comptes qui encaissent les fonds : le fraudeur change de numéro ou de scénario à volonté, mais il lui faut des comptes pour recevoir l’argent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le troisième concerne le coût. Le droit tire déjà les conséquences de cette réalité. La CJUE a jugé le 15 octobre qu’une banque ne peut refuser le remboursement immédiat d’une opération non autorisée en invoquant la négligence grave de son client. Le futur règlement européen sur les services de paiement (PSR) prévoit le remboursement de la fraude au faux conseiller qui usurpe l’identité de la banque, même lorsque la victime a autorisé l’opération, et impose une surveillance des transactions avant leur exécution. La banque qui disposait de raisons objectives de soupçonner une fraude et a laissé partir les fonds en supportera la perte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La progression de la fraude par manipulation est la conséquence du succès des protections techniques : en fermant les failles des systèmes, elles ont conduit les fraudeurs à viser ce qu’aucune technique ne verrouille. Pour les dirigeants de banque, l’enjeu se situe à cet endroit. Les investissements de sécurité ont été pensés pour authentifier et protéger la transaction ; la menace porte sur la décision qui la précède. Tant que la détection attendra que le client doute, elle interviendra après la fraude. La capacité à reconnaître, avant l’exécution, une opération qui ne ressemble pas à son client deviendra un critère de la solidité d’une banque autant que de sa sécurité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Paiement fractionné : réinventer une promesse quand la simplicité ne suffit plus</title>
		<link>https://www.fatinebennani.com/paiement-fractionne-promesse-marque/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Fatine Bennani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 Oct 2026 15:30:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Communication]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec la CCD2, le paiement fractionné devient un crédit. Pour les acteurs qui ont bâti leur marque sur la simplicité, c'est tout un discours qu'il faut réinventer.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">En quelques années, le paiement fractionné s&rsquo;est imposé dans les habitudes d&rsquo;achat sans jamais se présenter comme un crédit. Klarna, Alma, Oney ou Floa ont bâti leur marque sur une promesse limpide : payer en trois ou quatre fois, sans frais, sans dossier, en quelques secondes. À partir du 20 novembre 2026, la directive européenne sur le crédit à la consommation, dite CCD2, fait de ce service un crédit à part entière. Pour ces acteurs, l&rsquo;enjeu dépasse de loin la mise en conformité. Ils jouent leur image, leurs clients et, pour certains, leur modèle. Et c&rsquo;est d&rsquo;abord par la communication que se décidera l&rsquo;issue.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une marque construite sur l&rsquo;absence de friction</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le succès du paiement fractionné repose moins sur une innovation financière que sur une réussite de marketing. Le produit n&rsquo;est pas nouveau : le paiement en plusieurs fois existe depuis longtemps dans la distribution. Ce qui a changé, c&rsquo;est la manière de le présenter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les nouveaux acteurs ont soigneusement évité le vocabulaire du crédit. Ils ne parlent ni d&#8217;emprunt, ni de taux, ni d&rsquo;échéancier, mais de liberté, de souplesse et de confort d&rsquo;achat. Le paiement fractionné se présente comme une modalité de paiement parmi d&rsquo;autres, au même titre que la carte, intégrée au moment même de l&rsquo;achat. Le bouton s&rsquo;affiche à côté du prix, l&rsquo;acceptation est immédiate, et la décision se prend sans y penser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette promesse a séduit les consommateurs autant que les commerçants, qui y ont vu un levier de conversion et de panier moyen. Selon Xerfi, le marché français des facilités de paiement représentait environ 29 milliards d&rsquo;euros en 2024.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><br><strong>Ce que la directive change pour le discours</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La CCD2 touche précisément les ressorts de cette promesse. Le prêteur devra évaluer la solvabilité du client, lui fournir une information précontractuelle et lui accorder un droit de rétractation. Comme toute publicité pour un crédit, la communication devra comporter la mention : « Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chacun de ces éléments contredit un mot de la promesse initiale. « Instantané » résiste mal à une évaluation de solvabilité. « Sans formalité » s&rsquo;accorde mal avec une information précontractuelle. « Sans y penser » devient difficile à soutenir lorsque la loi impose précisément d&rsquo;y penser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas seulement le parcours qui se complique : c&rsquo;est le récit de marque qui perd sa cohérence.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><br><strong>Ce que ces acteurs ont à perdre</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">e risque est double, et il se joue dans les deux sens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier est un risque d&rsquo;image. Le paiement fractionné est régulièrement mis en cause dans la montée de l&rsquo;endettement des ménages fragiles et des jeunes : selon Xerfi, 17 % des dossiers de surendettement étaient liés en 2024 au paiement fractionné ou aux mini-crédits. La directive consacre en quelque sorte ce soupçon en faisant entrer ces services dans le droit du crédit. Si les acteurs donnent le sentiment de contourner l&rsquo;esprit de la réforme, ils passeront du statut de solution moderne à celui de facilité dangereuse. Une réputation de cette nature se reconstruit difficilement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le second est un risque commercial. Chaque étape ajoutée au parcours fait craindre des abandons ; chaque refus, la perte d&rsquo;un achat. Les coûts de conformité pèseront sur des modèles dont la rentabilité reste fragile, au point que certains acteurs pourraient introduire des frais là où tout était gratuit. Or la gratuité était au cœur de la promesse. Les commerçants, eux, observeront de près l&rsquo;effet sur leurs ventes, et ne garderont que les partenaires qui préservent leur taux de conversion. Dans le même temps, les banques, qui proposent elles aussi des facilités de paiement et sont habituées à ces obligations, pourraient reprendre l&rsquo;avantage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entre ces deux écueils, la marge de manœuvre est étroite. Trop de prudence affaiblit l&rsquo;expérience et fait fuir les clients. Trop de légèreté expose la marque au procès en irresponsabilité. C&rsquo;est précisément là que la communication devient décisive.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Parler de crédit sans effrayer</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La première difficulté est sémantique. Ces marques ont construit leur notoriété en évitant le mot « crédit ». Elles vont devoir l&rsquo;assumer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux stratégies s&rsquo;offrent à elles. La première consiste à réduire la mention réglementaire à sa plus simple expression, reléguée en bas de page, en espérant que le discours principal n&rsquo;en soit pas affecté. C&rsquo;est la tentation la plus naturelle, et la plus risquée : un écart trop visible entre la promesse publicitaire et la réalité contractuelle nourrit la méfiance, tant des clients que des autorités de contrôle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La seconde consiste à intégrer le crédit dans le récit, en le présentant pour ce qu&rsquo;il est : un service utile, à condition d&rsquo;être utilisé à bon escient. Elle suppose un changement de ton, de la désinvolture vers la responsabilité, mais elle préserve la cohérence entre ce que la marque dit et ce qu&rsquo;elle fait.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Faire de la friction un gage de sérieux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième difficulté concerne le parcours. Chaque étape ajoutée est perçue, en marketing, comme une cause d&rsquo;abandon. La tentation est donc de les rendre aussi discrètes que possible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une autre lecture est pourtant possible. Une vérification bien expliquée peut rassurer plutôt que freiner. Dire au client que l&rsquo;on s&rsquo;assure que le paiement en plusieurs fois est adapté à sa situation, c&rsquo;est lui montrer que la marque prend soin de lui. La question de la solvabilité, présentée avec tact, peut devenir un argument de confiance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le travail porte alors sur les mots et sur le rythme : des écrans courts, un langage simple, des explications données au bon moment, plutôt qu&rsquo;un formulaire perçu comme une épreuve.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Savoir dire non</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième difficulté est la plus délicate : le refus. Jusqu&rsquo;ici, le paiement fractionné était accordé à la grande majorité des demandes, sur des critères peu visibles. Avec une évaluation plus rigoureuse, les refus pourraient devenir plus fréquents et plus perceptibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un refus mal formulé laisse une trace durable, pour le prêteur comme pour le commerçant sur le site duquel il intervient. Le client ne retient pas le nom de l&rsquo;établissement de crédit ; il retient que l&rsquo;achat a échoué chez telle enseigne. La manière de dire non devient donc un sujet de marque partagé : un message respectueux, une explication sobre, une solution de repli immédiate, comme le paiement comptant ou un montant inférieur.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De la facilité à la confiance</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au fond, la CCD2 oblige le paiement fractionné à changer de registre. La promesse de facilité, qui a fait son succès, ne suffit plus. Elle doit céder la place à une promesse de confiance : un service simple, mais encadré ; rapide, mais responsable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce déplacement n&rsquo;a rien d&rsquo;inédit. La banque traditionnelle a vécu la même évolution à mesure que les obligations de conseil et d&rsquo;information se renforçaient. Les établissements qui ont su en faire un élément de leur discours, plutôt que de le subir comme une contrainte, en ont tiré une légitimité durable. L&rsquo;expérience montre qu&rsquo;une exigence réglementaire bien racontée peut devenir un argument commercial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les mois qui suivront le 20 novembre seront décisifs. Les acteurs qui auront anticipé ce changement de récit conserveront la confiance de leurs clients et de leurs commerçants partenaires ; les autres risquent de perdre en même temps leur image et leur part de marché. Ils disposent pourtant d&rsquo;un atout considérable : ils maîtrisent l&rsquo;expérience client mieux que quiconque. Reste à mettre ce savoir-faire au service d&rsquo;un récit différent, dans lequel la simplicité n&rsquo;est plus une absence de règles, mais une manière élégante de les appliquer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Sources : directive (UE) 2023/2225 ; ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025 ; Xerfi.</em></p>
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		<title>CCD2 : quand le paiement fractionné devient un crédit comme les autres</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fatine Bennani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Oct 2026 11:18:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Réglementation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Applicable le 20 novembre 2026, la directive CCD2 fait entrer le paiement fractionné et les mini-crédits dans le droit du crédit à la consommation. Ce qu'elle change, et pour qui.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;essentiel</p>



<p class="wp-block-paragraph">La directive européenne 2023/2225, dite CCD2, remplace la directive de 2008 sur le crédit à la consommation. En France, elle a été transposée par l&rsquo;ordonnance du 3 septembre 2025 et s&rsquo;applique à compter du 20 novembre 2026.<br>Son champ s&rsquo;élargit : le paiement fractionné, les crédits de moins de 200 euros, les crédits sans intérêt ni frais et certains découverts entrent dans la réglementation. Le plafond passe de 75 000 à 100 000 euros.<br>L&rsquo;évaluation de la solvabilité devient plus rigoureuse et mieux encadrée : certaines données ne peuvent plus être utilisées, dont celles issues des réseaux sociaux.<br>Le crédit non sollicité est interdit, et les ventes liées sont prohibées.<br>Pour les acteurs du paiement fractionné, c&rsquo;est la fin d&rsquo;un modèle fondé sur l&rsquo;absence de friction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant plus de quinze ans, le crédit à la consommation a vécu sous l&#8217;empire d&rsquo;une directive conçue en 2008, à une époque où l&rsquo;on empruntait encore en agence, sur dossier papier, pour financer une voiture ou un équipement. Depuis, les usages ont profondément changé. Le crédit s&rsquo;est glissé dans le parcours d&rsquo;achat, au moment du paiement, en quelques secondes, souvent sans que le consommateur ait le sentiment d&#8217;emprunter. La directive 2023/2225, dite CCD2, prend acte de cette transformation et ramène dans le droit commun du crédit ce qui s&rsquo;en était progressivement affranchi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une réglementation dépassée par les usages</p>



<p class="wp-block-paragraph">La directive de 2008 laissait hors de son champ plusieurs formes de crédit jugées alors marginales : les prêts de moins de 200 euros, les crédits sans intérêt ni frais, ou encore certains découverts de courte durée. Ces exclusions avaient une logique : il paraissait disproportionné d&rsquo;imposer un formalisme lourd à des montants modestes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est précisément dans ces interstices que se sont développés les nouveaux usages. Le paiement en trois ou quatre fois sans frais, popularisé par des acteurs comme Klarna, Alma, Oney ou Floa, a prospéré en dehors du cadre du crédit à la consommation. Les mini-crédits se sont multipliés. Ce qui relevait de l&rsquo;exception est devenu un mode de financement courant, en particulier chez les plus jeunes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les données de la Banque de France témoignent de cette évolution : les 18-29 ans représentaient 12 % des dossiers de surendettement en 2025, contre 5 % en 2022. Le législateur européen en a tiré les conséquences.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui entre désormais dans le champ</p>



<p class="wp-block-paragraph">La CCD2 élargit sensiblement le périmètre de la réglementation. Sont désormais concernés :</p>



<p class="wp-block-paragraph">le paiement fractionné proposé par un prêteur tiers, même sans intérêt ni frais ;<br>les crédits de moins de 200 euros ;<br>les crédits gratuits, sans intérêt ni frais ;<br>les découverts remboursables dans un délai d&rsquo;un mois ;<br>les crédits jusqu&rsquo;à 100 000 euros, contre 75 000 euros auparavant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Concrètement, le « trois fois sans frais » proposé au moment de payer en ligne devient juridiquement un crédit, avec les obligations qui s&rsquo;y attachent : information précontractuelle, évaluation de la solvabilité, droit de rétractation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les découverts, la Fédération bancaire française a tenu à nuancer la portée de la réforme : les découverts de moins de 200 euros et de moins d&rsquo;un mois entrent dans le champ, mais resteront accordables, les banques appliquant un principe de proportionnalité. Les découverts autorisés existants ne disparaissent pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un crédit qui se mérite : la solvabilité au cœur du dispositif</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;évaluation de la solvabilité est le pilier de la réforme. Elle doit désormais être rigoureuse, menée dans l&rsquo;intérêt du consommateur, et reposer sur des informations pertinentes relatives à ses revenus, à ses dépenses et à sa situation financière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La directive encadre aussi les données utilisables. Sont exclues les données sensibles, comme l&rsquo;origine, les convictions religieuses, la santé ou les données biométriques, ainsi que les informations issues des réseaux sociaux. Cette précision n&rsquo;est pas anodine : elle répond à l&rsquo;essor de modèles de notation fondés sur l&rsquo;exploitation massive de données comportementales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque la décision est automatisée, le consommateur peut demander une intervention humaine, obtenir une explication et contester la décision. Pour les acteurs dont le modèle repose sur une acceptation instantanée, c&rsquo;est un changement de culture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, l&rsquo;ordonnance impose en outre de documenter cette évaluation et de la conserver pendant toute la durée du crédit. La traçabilité des diligences devient une obligation à part entière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une commercialisation sous contrôle</p>



<p class="wp-block-paragraph">La CCD2 s&rsquo;attaque également aux pratiques commerciales. L&rsquo;octroi d&rsquo;un crédit non sollicité est interdit, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de cartes de crédit pré-approuvées ou d&rsquo;augmentations unilatérales de plafond. Les ventes liées, qui conditionnent l&rsquo;obtention d&rsquo;un crédit à la souscription d&rsquo;un autre produit, sont prohibées ; les ventes groupées restent possibles, à condition que le crédit puisse être souscrit séparément.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;information précontractuelle est renforcée et rendue plus lisible, avec un document standardisé dont les éléments essentiels doivent apparaître en premier. La publicité doit comporter un avertissement clair rappelant que le crédit a un coût. Pour un secteur qui a bâti sa promesse sur la simplicité et la gratuité apparente, c&rsquo;est un discours entier qu&rsquo;il faudra réécrire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Protéger l&#8217;emprunteur en difficulté</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le texte comporte enfin un volet préventif. Les États membres doivent mettre en place des mesures contre les taux excessifs. La France, qui dispose déjà du taux d&rsquo;usure, est peu concernée sur ce point. Les prêteurs doivent faire preuve de tolérance raisonnable avant d&rsquo;engager une procédure de recouvrement, par exemple en rééchelonnant la dette, et les frais de défaut de paiement sont encadrés. Les consommateurs en difficulté doivent pouvoir être orientés vers des services de conseil en matière d&rsquo;endettement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que cela change pour les acteurs</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les banques traditionnelles, l&rsquo;impact est réel mais maîtrisé : elles pratiquent déjà l&rsquo;évaluation de solvabilité et l&rsquo;information précontractuelle. L&rsquo;effort porte surtout sur les découverts de courte durée et sur la documentation des décisions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les acteurs du paiement fractionné, la transformation est plus profonde. Leur avantage concurrentiel reposait sur la fluidité : une acceptation en quelques secondes, sans justificatif, au moment de l&rsquo;achat. Introduire une évaluation de solvabilité, une information précontractuelle et un droit de rétractation, c&rsquo;est réintroduire de la friction dans un parcours conçu pour l&rsquo;éliminer. Leur modèle économique, largement financé par les commissions des commerçants, devra absorber ces coûts de conformité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les intermédiaires et les courtiers, l&rsquo;ordonnance renforce les exigences de compétence et instaure un devoir de mise en garde lorsque le contrat peut présenter des risques spécifiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une transposition française déjà actée</p>



<p class="wp-block-paragraph">La France a transposé la directive par l&rsquo;ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025, rectifiée par l&rsquo;ordonnance n° 2025-1154 du 2 décembre 2025. L&rsquo;ensemble des dispositions s&rsquo;applique aux contrats conclus à compter du 20 novembre 2026. Les textes d&rsquo;application, décrets et arrêtés, viennent préciser les modalités pratiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La fin de l&rsquo;exception</p>



<p class="wp-block-paragraph">La CCD2 ne crée pas de nouveaux produits ; elle referme une parenthèse. Le paiement fractionné, les mini-crédits et les découverts courts avaient grandi à la périphérie du droit du crédit, portés par l&rsquo;innovation technologique et la recherche d&rsquo;un parcours sans couture. Ils rejoignent désormais le droit commun. Pour les fintechs du secteur, l&rsquo;enjeu sera de démontrer qu&rsquo;une expérience fluide et une distribution responsable du crédit peuvent coexister. Pour les banques, la réforme confirme que la frontière entre paiement et crédit, longtemps nette, s&rsquo;est durablement estompée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sources : directive (UE) 2023/2225 du 18 octobre 2023 ; ordonnances n° 2025-880 du 3 septembre 2025 et n° 2025-1154 du 2 décembre 2025 ; Fédération bancaire française ; Banque de France.</p>
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