Longtemps restée au second plan de la stratégie du groupe, la banque de détail devient un levier de croissance majeur pour Société Générale. Un revirement qui doit beaucoup à BoursoBank.
Que retenir du plan stratégique présenté par Société Générale le 21 septembre 2026 ? Au-delà des annonces habituelles de simplification, de maîtrise des coûts, avec l’aide de l’intelligence artificielle, et de croissance disciplinée, ce sont clairement les nouvelles ambitions pour la banque de détail qui retiennent l’attention.
Le plan fixe un cap à 2029 : une rentabilité des fonds propres tangibles (ROTE) de 13 à 14 %, puis supérieure à 15 % à partir de 2030, des revenus en hausse d’environ 3 % par an et un coefficient d’exploitation inférieur à 55 %. Pour atteindre ces objectifs, le groupe compte sur ses activités d’épargne, sur sa banque de financement et d’investissement et, de manière plus nouvelle, sur sa banque de détail en France.
Un premier plan pour restaurer les fondations
Ce changement de cap ne se comprend qu’à la lumière du plan précédent. Présenté en septembre 2023, celui-ci avait été mal accueilli : l’action avait perdu plus de 12 % le jour même, les investisseurs jugeant les ambitions de croissance trop modestes. Sa priorité était ailleurs : simplifier le portefeuille d’activités, céder les participations non stratégiques, renforcer le capital et réduire les coûts.
Le pari a été tenu. Les coûts du groupe ont nettement reculé, la rentabilité s’est redressée, et le groupe vise désormais un ROTE d’environ 11 % pour 2026. Le marché en a pris acte : l’action a été la plus forte progression du CAC 40 en 2025.
Les banques françaises restent toutefois moins bien valorisées que plusieurs grands concurrents européens. Les investisseurs y voient le poids de spécificités nationales : les crédits immobiliers à taux fixe, qui retardent l’effet d’une hausse des taux, le coût de l’épargne réglementée et des réseaux de distribution coûteux. Pour réduire cet écart, la discipline ne suffit plus. Il faut aussi de la croissance. C’est là qu’intervient la banque de détail.
Un revirement en trois temps
Derrière ce choix, une logique en trois temps, dont BoursoBank est la clé de voûte.
La marge d’intérêt a retrouvé son rôle de moteur. Avec la remontée des taux en 2022 et 2023, Société Générale a vu les revenus de sa banque de détail se redresser, mais avec retard. Freinée un temps par les crédits à taux fixe et le coût de l’épargne réglementée, la marge nette d’intérêt a fini par jouer son rôle de moteur : au premier semestre 2026, elle progressait encore de plus de 13 % sur un an.
La rationalisation du réseau porte ses fruits. La fusion avec le Crédit du Nord, achevée en 2023, s’est accompagnée d’une refonte de l’organisation, des systèmes d’information et des effectifs. Ces progrès se lisent dans le coefficient d’exploitation de la banque de détail en France, qui réunit le réseau Société Générale, BoursoBank et la banque privée : il a été ramené à 57,5 % au premier semestre 2026, contre 66,6 % un an plus tôt.
Et puis, il y a BoursoBank. Après une conquête menée au prix d’une politique tarifaire très agressive et de longues années de pertes, la banque en ligne dégage désormais des bénéfices : 176 millions d’euros de résultat net au premier semestre 2026, pour 9,1 millions de clients fin juin. Le nouveau plan lui fixe un objectif de plus de 14 millions de clients en 2029.
Sans BoursoBank, miser sur la banque de détail en France serait bien moins convaincant.
Une franchise unique, un pari d’organisation
Le moment est donc venu d’en faire le pivot de l’activité de détail du groupe. Sous la direction de Benoît Grisoni, jusqu’ici à la tête de BoursoBank, les particuliers et les professionnels des agences Société Générale et de la banque en ligne relèveront désormais d’une seule et même franchise.
Le choix du dirigeant est en lui-même un message. Confier l’ensemble de la banque de détail au patron de la banque en ligne, c’est indiquer que le modèle de BoursoBank, son efficacité, ses parcours numériques, sa culture de la conquête, a vocation à inspirer l’ensemble.
Le chantier n’en reste pas moins considérable. Deux modèles cohabitent : l’un repose sur la proximité et le conseil, avec des tarifs qui en reflètent le coût ; l’autre sur l’autonomie du client et des prix bas. Les réunir sans que l’un absorbe l’autre suppose de clarifier les offres, d’éviter que les clients des agences ne migrent vers la banque en ligne à moindre coût, et de faire travailler ensemble des équipes aux cultures très différentes. La réussite du plan se jouera largement sur cette articulation.
Un enjeu boursier autant que commercial
L’enjeu est aussi boursier. Une banque de détail plus efficiente peut renforcer la récurrence des résultats du groupe et réduire sa dépendance aux revenus plus volatils de la banque de financement et d’investissement. C’est un argument supplémentaire pour convaincre les investisseurs de la solidité de son modèle.
Le marché semble l’avoir entendu. Le 21 septembre, l’action a progressé d’environ 3 %, et plusieurs grandes banques d’investissement ont jugé le plan crédible. L’accueil contraste nettement avec celui de 2023.
La condition reste exigeante : croître sans laisser repartir les coûts. Le plan prévoit environ 1,9 milliard d’euros d’économies brutes d’ici 2029, dont 500 à 600 millions attendus de l’intelligence artificielle, dans le cadre d’un partenariat avec Anthropic. Elles devront compenser l’inflation et financer les investissements de croissance.
Le pari d’un marché encore conquérant
La direction de Société Générale fait le pari que le marché français, malgré sa maturité, offre encore un réel potentiel de conquête. Ce pari n’a rien d’évident dans un pays où la plupart des adultes sont déjà bancarisés, et où la concurrence s’est intensifiée.
Sans doute les ambitions affichées par Revolut en France auront-elles achevé de l’en convaincre. Fraîchement dotée d’un agrément bancaire français, la néobanque vise 10 millions de clients dans l’Hexagone d’ici 2027. Sur le terrain de la banque en ligne, BoursoBank et Revolut s’adressent désormais au même client.
Sources : Société Générale, communiqué des résultats du premier semestre 2026 et présentation du Capital Markets Day, 21 septembre 2026.